Malgré de grands millésimes (1929, 1933,
1934) la Bourgogne traverse au début des années trente une grave
crise économique. Le vin ne sort pas des caves et l'argent n'y rentre
pas. La Confrérie des Chevaliers du Tastevin apparaît alors comme
"un rayon de soleil dans la nuit des caves"; son acte de naissance
est signé le 16 novembre 1934 dans le "Caveau Nuiton" de Nuits-Saint-Georges.
La
résurrection des anciennes confréries bachiques Le Tastevin, en réalité, fut la renaissance
de certaines confréries bachiques des XVIIe et XVIIIe siècles
qui étaient tombées dans l'oubli. Cette résurrection
s'imposait pour des raisons économiques : la mévente des vins
de Bourgogne consécutive à la crise mondiale.
Alors que les esprits se laissaient aller au marasme et aux craintes engendrées
par cette crise, deux Bourguignons dynamiques de Nuits-Saint-Georges, Georges
Faiveley et Camille Rodier, s'étaient réunis avec des amis dans
une cave propice aux courageuses pensées.
Rabelais
et Molière Ils
avaient tenu un long conseil et ne s'étaient séparés qu'après
avoir pris le solennel engagement de lutter "en faveur des grands vins
de France en général et ceux de Bourgogne en particulier".
Le langage était à peu près le suivant : "des vins
de qualité tels que les nôtres doivent engendrer la joie et l'optimisme.
Trêve de lamentations ! Si nos caves sont pleines, il faut les vider et inviter
nos amis pour nous aider. Rénovons nos vieilles confréries
bachiques. Pour conjurer le sort, au contraire, empruntons à Rabelais
sa truculence, sa bonne humeur et à Molière sa philosophie souriante,
son bon sens..."
Après
la guerre, la renaissance 1939,
un vent d'Apocalypse souffla sur le monde. C'était la guerre, et la Confrérie
des Chevaliers du Tastevin entra dans le silence. Mais son âme demeurait
et quand sonna l'heure de la Libération cinq ans plus tard, elle sortit
plus vivante que jamais du caveau où elle avait abrité son deuil
et ses espérances.
Son premier acte fut d'acquérir le Château du Clos de Vougeot,
ce qui allait lui permettre d'avoir désormais "pignon sur vignes",
et c'est ce haut-lieu cistercien, véritable Acropole de la Bourgogne
vineuse, qui allait devenir son Chef d'Ordre.